Pâques dans la tribu de Gelima

C’était un grand rassemblement des protestants de la Grande Terre qui a lieu tous les 3 ans en un endroit différent. Deux bus sont partis de Nouméa et pas mal de voitures. Nous étions environ 2000 (?), de tous les consistoires protestants, reçus pendant 3 jours dans la tribu de Gelima, loin de tout, sur la côte Est, dans la commune de Canala, haut lieu des révoltes canaques du XIX° et du XX° siècles. Il y avait là peu de Blancs. Même pas une dizaine ; seulement, me semble-t-il, des Z’oreilles (métropolitains) dont 2 étaient des conjoints de Canaques. Nous étions 2 couples de Blancs, Joanne et Olivier, l’aumônier militaire, et Benoît et moi. Y avait-il des Caldoches ? Benoît a été remercié par une femme de la tribu de Gelima d’être venu bien que homme blanc…

Impressionnant de voir une telle organisation au milieu de nulle part, dans la brousse… et sous une pluie tropicale abondante et presque sans interruption pendant 24h ! Nourrir, loger, faire prier, chanter, célébrer une telle assemblée dans ces conditions et dans la bonne humeur et la patience générale… Pour moi, cela tient du miracle ! Il y en a eu des miracles : celui des parapluies, spontanément apparus au-dessus des têtes des choristes au moment où la pluie redoublait ; celui des bancs et des chaises arrivés d’on ne sait où quand le sol a été trop trempé pour rester assis par terre comme cela était prévu ; celui de ma robe; celui de discuter avec ma voisine canaque et de découvrir que nous étions toutes les 2, en mai dernier, aux chutes du Rhin…

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J’étais parti vendredi matin en voiture avec Olivier, l’aumônier militaire protestant. Benoît et Joanne, la femme d’Olivier, nous ont rejoints samedi midi. Vendredi, l’après-midi a été un peu creuse, marquée par l’attente de la réalisation de l’acte coutumier d’accueil : les paroisses de l’Est accueillaient celles de l’Ouest. Les 2 groupes se sont fait face pendant longtemps sans se mélanger. Puis ceux de l’Ouest (dont la paroisse de Nouméa) ont présenté la coutume. Traditionnellement, on offre des pièces de tissu et des billets de 1 000 Francs Pacifique (1 000 F = 8,3 euros).

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S’ajoutaient à cela des provisions débarquées de plusieurs pick-up (ignames, bananes, cartons divers). Ceux de l’Est devaient recevoir les objets et ont offert à  leur tour tissus et billets. Le tout accompagné de discours de part et d’autre pour exprimer des salutations, la joie de se retrouver et la volonté de vivre ensemble en paix.

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Une chorale de l’Est a chanté… ce qui a provoqué un afflux de billets de femmes de l’Ouest. Enfin réunis, nous avons alors été dirigés vers nos hébergements. Normalement, il s’agit de dortoirs, les hommes d’un côté et les femmes, plus nombreuses, de l’autre, mais il avait été prévu que nos deux couples (qui pour le moment n’étaient que deux moitiés de couples !) partagent la même chambre. Nous avons été très bien reçus par des gens qui n’avaient rien, du moins suivant nos critères, mais qui estimaient qu’ils étaient au paradis et qui nous invitaient à le partager en s’entassant dans une des pièces de la maison qui n’en comptait que deux. Notre chambre : de minces  matelas sur un sol de béton dans une pièce de 4m sur 3, limitée par des murs en placo qui ne montaient pas tout à fait jusqu’au toit de tôle. Dehors, un coin cuisine, un WC et un coin toilette fermé (une bassine d’eau). Apparemment, nous avons eu de la chance par rapport à d’autres qui n’ont pas réussi à échapper complètement à l’eau qui tombait en abondance. Et nous avons essayé de résister aux moustiques (répulsifs et tortillons). Le matin, nous avons eu droit à deux petits déjeuners : celui de nos hôtes et celui des organisateurs !

A 18h, vendredi, avait lieu un culte œcuménique avec la participation de l’Eglise évangélique en Nouvelle-Calédonie et aux îles Loyauté (EENCIL, Eglise réformée que nous fréquentons), l’Eglise évangélique libre et des catholiques locaux. Lecture de la Passion (Jn) et une homélie ; beaucoup de chants dans des langues diverses (il y a entre 30 et 40 langues vernaculaires en Nouvelle-Calédonie). Dîner et présentation du thème choisi par la Croix Bleue, organisatrice de ces journées : la sauvegarde de la création. Comme il y avait pas mal de problèmes techniques, je suis finalement allée me coucher avant la projection du film d’Al Gore,  Une vérité qui dérange.

Samedi matin, culte. J’avais mis ma robe-mission, bleue, achetée à Nouméa à notre arrivée quand nous attendions encore nos valises. Mais la couleur du consistoire de Nouméa, cette année était le brun : c’est ainsi que nous repérions notre place sous les abris de toile. Eh bien, une robe brune, identique à celles des autres femmes de Nouméa m’a été offerte pour que je me sente plus à l’aise (je n’ai pas pu foncer mon visage mais l’habit a fait la sœur !).Chaque consistoire avait sa couleur et c’était très joli.

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Nous sommes ensuite partis, Olivier et moi, à la recherche d’un point où le portable passait pour expliquer à nos conjoints comment nous rejoindre. Nous avons poursuivi par une balade jusqu’à une grande cascade. Le ciel se chargeait peu à peu…

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Benoît et Joanne nous ont rejoints pour le déjeuner. L’après-midi a été consacrée à un concours de chorales d’adultes (Nouméa, menée d’une main de maître par son pasteur togolais, a gagné) puis des scénettes et des chants des enfants. Nous avions prévu de nous échapper un peu pour découvrir les environs, mais la pluie nous en a empêchés. Le dîner a été bien mouillé et tardif. Dimanche, la pluie continuant, le culte a été retardé pour essayer de maîtriser la montée de l’humidité. Des quantités de chaume, sans doute destinées à réparer les toits des cases, ont été sacrifiées pour permettre de s’asseoir un peu plus au sec.

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Un beau culte de Pâques, une bonne prédication… et une sainte Cène à l’igname et à l’eau sucrée… Pourquoi pas ? Jésus a bien pris ce qu’il avait sous la main et l’igname ressemble autant au pain que l’hostie ! Nous avons ensuite un super repas avec des viandes cuites  traditionnellement sous la terre depuis le matin.

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Comme nous étions inquiets de l’état des rivières à traverser pour rentrer à Nouméa, nous sommes partis sans attendre les adieux coutumiers. Mais heureusement que nous étions bien entourés car la batterie de la voiture nous avait lâchés ! De jeunes, costauds et aimables Canaques nous ont aidés à sortir de ce mauvais pas et nous avons un peu regretté notre départ trop rapide quand nous avons vu que les rivières étaient à peu près dans leurs lits et que la route se faisait sans problème ! Un super week-end en tous cas où l’expérience de la fraternité donnait à Pâques une tonalité évangélique certaine !


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